Émile Nelligan et son oeuvre, recueil de poèmes

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DONNÉES AU CATALOGUE

Émile Nelligan et son œuvre
Nelligan, Émile, 1879-1941
Montréal, Edouard Garand, 1925.

 

PRÉSENTATION

Biographie par : Nina Milner, Service de recherche en littérature canadienne.

© Bibliothèque et Archives Canada

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Émile Nelligan âgé de 12 ans

Émile Nelligan est né à Montréal la veille de Noël, en 1879. Ses parents, dont le mariage battait de l’aile, incarnaient les deux solitudes du Canada. Son père, David Nelligan, était un immigrant irlandais peu sensible à la langue ou à la culture canadienne-française. Son travail d’inspecteur des Postes l’éloignait fréquemment de la maison. Sa mère, Émilie-Amanda Hudon Nelligan, était une canadienne-française douée pour la musique, fière de sa culture et de son patrimoine, et dévote catholique. Sauf pour des vacances d’été avec sa famille dans le village de Cacouna, dans la péninsule gaspésienne, et un court voyage en Europe, Nelligan a passé toute sa vie à Montréal.

Émile Nelligan à l'âge de 19 ans.© Archives nationales du Canada. Auteur: Inconnu Référence: ANC C-88566

Émile Nelligan à l’âge de 19 ans.
© Archives nationales du Canada.
Auteur: Inconnu
Référence: ANC C-88566

Ses études furent sans éclat. En 1896, à 17 ans, il est entré au Collège Sainte-Marie, où il s’est révélé un étudiant médiocre, préférant se plonger dans l’étude et l’écriture de la poésie. En 1897, contre la volonté de ses parents, il a abandonné ses études pour se consacrer à la poésie. Très occupé à composer des vers, il ne pouvait envisager de devenir autre chose que poète.

C’est en 1896 qu’il a rencontré son mentor et futur éditeur, le prêtre Eugène Seers (plus tard appelé Louis Dantin), et Joseph Melançon qui l’a introduit aux cercles littéraires de Montréal. Sous le pseudonyme d’Émile Kovar, Nelligan a publié son premier poème, «Rêve fantastique», dans Le Samedi (13 juin 1896). En septembre de la même année, huit autres de ses poèmes avaient été publiés dans les journaux locaux et d’autres publications tels que Le Monde illustré et l’Alliance nationale. Les poèmes de Nelligan démontraient une sensibilité remarquable au pouvoir des mots et à la mélodie de la langue; ils étaient empreints de mélancolie et de nostalgie. En 1897, il a publié ses poèmes sous son vrai nom pour la première fois dans Le Monde illustré et La Patrie, même s’il l’épelait parfois «Nellighan» ou «Nelighan».

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En 1897, Nelligan a été invité par son ami Arthur de Bussières à se joindre à l’École littéraire de Montréal, un cercle de jeunes écrivains et intellectuels qui se réunissaient chaque semaine pour discuter des arts. Créé en 1895 par des étudiants inquiets de ce qui leur semblait être l’état de dégradation de la langue française, le groupe a bientôt attiré les écrivains les plus intéressants et dynamiques de l’époque. Au cours de plusieurs séances, le jeune Nelligan a lu sa poésie avec une profonde sensibilité. Il se considérait comme un poète dans la tradition romantique, et il en avait certainement l’apparence physique, avec sa belle et triste apparence à la Byron, ses grands yeux expressifs et son air songeur et distant.

En 1898, son père lui a fait faire un voyage en mer vers Liverpool et Belfast; les détails en demeurent incertains, mais on pense que Nelligan père avait entrepris d’enrôler Émile dans la marine marchande. Plus tard cette année-là, il lui a trouvé un emploi de teneur de livres. Ces emplois n’ont abouti à rien car, au grand désarroi de son père, Nelligan a résolu de se consacrer à son art, la poésie. Souvent, il s’est réfugié dans la mansarde de son ami de Bussières pour lire et travailler, et il a continué de publier ses poèmes dans les journaux locaux et autres.

C’est à cette époque que l’École littéraire de Montréal a pris l’initiative d’organiser une série de séances publiques auxquelles Nelligan a participé. C’est à la séance du 26 mai 1899 qu’il a récité avec ferveur son poème «La Romance du vin», une réplique passionnée aux détracteurs de la poésie. L’audience lui a accordé une ovation retentissante, et Nelligan a été ramené chez lui en triomphe. Malheureusement, cette apparition en public, le meilleur moment de sa vie de poète, aura été la dernière. Peu de temps après, le 9 août 1899, sa santé mentale toujours chancelante a complètement basculé et il a été confiné au refuge Saint-Benoît, montrant des signes de troubles mentaux. Nelligan est resté vingt-cinq ans à Saint-Benoît, puis a été transféré à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu. Durant ses années de réclusion, il a continué à écrire, mais il avait perdu la capacité de créer une œuvre véritable et passait son temps à recopier de mémoire ses poèmes antérieurs. Il est resté à l’hôpital jusqu’à son décès, survenu le 18 novembre 1941.

L’oeuvre d’Émile Nelligan compte quelque 170 poèmes, sonnets, rondeaux, chansons et poèmes en prose. Ce qui est étonnant, c’est qu’il a écrit tout cela entre les âges de seize et dix-neuf ans. Il avait publié seulement vingt-trois poèmes avant son internement, mais, en 1904, grâce à la diligence de son ami Louis Dantin et à l’aide de sa mère, 107 poèmes ont été publiés dans Émile Nelligan et son œuvre, avec une préface de Dantin. Trois autres éditions ont été publiées en 1925, 1932 et 1945. En 1952, Luc Lacourcière a publié une édition complète des poèmes de Nelligan intitulée Poésies complètes : 1869-1899, contenant les 107 poèmes rassemblés par Dantin et d’autres poèmes, écrits par Nelligan avant son hospitalisation, qui avaient été envoyés à des amis ou retrouvés parmi ses papiers. Cette édition a été réimprimée plusieurs fois, la dernière en 1989.

Émile Nelligan était un pionnier de la littérature canadienne-française. Dans sa poésie, il a abandonné les sujets éculés de patriotisme et de fidélité au pays, qui avaient occupé ses prédécesseurs littéraires, pour explorer les dimensions symboliques de la langue et sa sombre vision intérieure personnelle. Même si ses écrits ont été influencés par des poètes symbolistes tels Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud, et par des écrivains de langue anglaise tels Lord Byron et Edgar Allan Poe, Nelligan s’est doté d’une sensibilité poétique unique. Il a ainsi gagné l’appréciation du Canada français, qui persiste de nos jours puisque son oeuvre continue d’être appréciée. Ses poèmes ont été traduits en anglais et il a été le sujet de plusieurs colloques, films, romans, poèmes, et même d’un ballet et d’un opéra. Cent ans après la création de son dernier poème, la vision poétique d’Émile Nelligan survit toujours.

 Émile Nelliganà Saint-Benoît-Joseph-Labre Photo Joseph-Octave Lagacé, c. 1920 Collection Wyczynski

Émile Nelligan
à Saint-Benoît-Joseph-Labre
Photo Joseph-Octave Lagacé, c. 1920 Collection Wyczynski

TABLE DES MATIÈRES

L’Âme du Poète

  • Clair de lune intellectuel
  • Mon âme
  • Le vaisseau d’or

Le Jardin de l’Enfance

  • Clavier d’antan
  • Devant mon berceau
  • Le regret des joujoux
  • Devant le feu
  • Premier remords
  • Ma mère
  • Devant deux portraits de ma mère
  • Le talisman
  • Le jardin d’antan
  • La fuite de l’enfance
  • Ruines
  • Les angéliques
  • Dans l’allée
  • Le berceau de la muse

Amours d’élite

  • Rêve d’artiste
  • Caprice blanc
  • Placet
  • Le robin des bois
  • Le mai d’amour
  • La belle morte
  • Thème sentimental
  • Amour immaculé
  • Le missel de la morte
  • Châteaux en Espagne
  • Chapelle de la morte
  • Beauté cruelle

Les Pieds sur les Chenets

  • Rêves enclos
  • Soir d’hiver
  • Five O’clock
  • Pour Ignace Paderewski
  • Gretchen la pâle
  • Lied fantasque
  • Le salon
  • Le violon brisé
  • Rondel à ma pipe
  • Chopin
  • Hiver sentimental
  • Violon d’adieu
  • Mazurka
  • Frisson d’hiver
  • Soirs d’octobre

Virgiliennes

  • Automne
  • Nuit d’été
  • Rêve de Watteau
  • Tarentelle d’automne
  • Presque berger
  • Jardin sentimental
  • Les petits oiseaux
  • Violon de villannelle
  • Bergère

Eaux-Fortes Funéraires

  • Les vieilles rues
  • Soirs d’automne
  • Les corbeaux
  • Le corbillard
  • Le perroquet
  • Banquet macabre
  • Confession nocturne
  • Le tombeau de la négresse
  • Le cercueil

Petite Chapelle

  • Chapelle dans les Bois
  • Sainte Cécile
  • Billet Céleste
  • Rêve d’une nuit d’hôpital
  • Le cloître noir
  • Les communiantes
  • Les déicides
  • La mort du moine
  • Diptyque
  • Chapelle ruinée
  • La réponse du crucifix
  • Les carmélites
  • Notre-Dame des Neiges
  • Prières du soir

Pastels et Porcelaines

  • Fantaisie créole
  • Les balsamines
  • Le roi du souper
  • Paysage fauve
  • Éventail
  • l’antiquaire
  • Les camélias
  • Le saxe de famille
  • Le soulier de la morte
  • Vieille romanesque
  • Vieille armoire
  • Potiche

Vêpres Tragiques

  • Musiques funèbres
  • l’homme aux cercueils
  • Marches funèbres
  • Le puits hanté
  • l’idiote aux cloches
  • Le bœuf spectral

Tristia

  • Le lac
  • l’Ultimo angelo del Correggio
  • Noël de vieil artiste
  • La cloche dans la brume
  • Christ en croix
  • Sérénade triste
  • Tristesse blanche
  • Roses d’octobre
  • Mon sabot de Noël
  • La passante
  • Sous les faunes
  • Ténèbres
  • Le romance du vin

EXTRAIT

Le vaisseau d’or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif:
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait le Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu’est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !…

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Soir d’hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
A la douleur que j’ai, que j’ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: où vis-je ? Où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norwège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
A tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…

 

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One comment on “Émile Nelligan et son oeuvre, recueil de poèmes
  1. […] n’est qu’à l’âge 18 ans que je lirais la poésie d’Émile Nelligan et que j’aurais le sentiment de partager quelques chose avec ses états d’âme grâce […]

Commentaires fermés

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