Un peuple et sa langue – Pour l’avenir du Québec, essai de philosophie du langage et de l’histoire, Fernand Couturier

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DONNÉES AU CATALOGUE

Un peuple et sa langue
Pour l’avenir du Québec
FERNAND COUTURIER
Essai de philosophie du langage et de l’histoire,
deuxième édition,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, Québec, 2009, 416 pages.
ISBN 978-2-89612-324-7

PRÉSENTATION

Ce texte a été conçu dans l’ambition de pouvoir intéresser d’emblée des lecteurs de différentes appartenances culturelles et allégeances politiques. Il a cherché un terrain où tout le monde puisse trouver intéressant d’y mettre les pieds. Et il a tenté d’ouvrir un espace permettant à des pensées diverses de se questionner et de se confronter. Cela dans le calme intérieur et la discrétion de la lecture où la parole peut le mieux se faire entendre. Parole dont ce texte serait heureux de pouvoir en être une certaine annonce ou quelques prémices.

L’entreprise est fondamentalement philosophique. À notre connaissance, c’est le seul essai qui présente tous les éléments suivants selon une imbrication conceptuelle unifiée :

  • Lien nécessaire du langage et de l’histoire dans la naissance et le développement d’un peuple, en particulier du peuple québécois ;
  • Langage entendu comme manifestation d’être: ce en quoi s’établit un monde sur un territoire et se développe une culture, i.e. l’être d’un peuple. Donc dépassement de la conception courante instrumentaliste ou véhiculaire de la langue.

L’histoire entendue selon ses trois instances temporelles de l’avenir, du présent, du passé, inséparables concrètement, se développant dans le langage en tant que son élément, i.e. son lieu d’origine et d’accomplissement.

L’auteur établie que la souveraineté politique, en définitive la liberté et l’autonomie du langage, est l’achèvement normal de l’être d’un peuple, du peuple québécois; que la souveraineté est la condition nécessaire et allant de soi pour que le peuple du Québec puisse prendre part à l’Union des nations, et éventuellement, en des circonstances propices, pour qu’il puisse participer de plein gré à une authentique confédération canadienne.

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

1. Introduction

  • Référendum de 1995
  • Conséquences politiques
  • Éléments d’un vote démocratique dans un référendum
  • Vers un autre référendum

2. Œuvrer l’histoire

  • Les Canadiens convoqués à oeuvrer leur histoire
  • La fondation d’un pays: un commencement
  • Histoire, projet et passé
  • “Histoire au présent” et destin

3. L’être d’un peuple

  • Peuple, “société distincte”, “société unique”
  • La langue et l’être d’un peuple
  • Une ou plusieurs langues
  • Langage, maison, patrie 69
  • Langage, monde et histoire
  • Monde, territoire et pays
  • Monde, territoire et culture
  • Multiplicité des peuples et richesse de l’humanité
  • Langue, immigration et peuple d’accueil
  • Intégration et assimilation
  • Cosmopolitisme
  • Langue d’intégration et bilinguisme
  • Langue, culture et multiculturalisme
  • Peuple, nation, ethnie
  • Nationalisme territorial et civique; communauté de langage et d’histoire
  • Internationalisme et « citoyen du monde »
  • Réel et prétendu « séparatismes »
  • Récapitulation
  • Transition à la problématique de l’histoire

4. L’écheveau du présent

  • Le présent dans le temps
  • Le présent québécois au tournant du siècle : présentation, « Affaire Michaud »
  • Ce présent au fil du langage
  • L’histoire au travail dans ce présent

5. Figures de la politique d’assimilation du fait français

  • Assimilation expressément formulée et astucieusement poursuivie
  • Conquête et première entreprise d’assimilation
  • L’Acte de Québec
  • L’ Acte constitutionnel de 1791
  • Le rapport Durham et relance de l’assimilation
  • L’Acte d’Union de 1840
  • Assimilation souhaitée plus ou moins secrètement et constitutionnellement camouflée
  • Vers une confédération 308
  • Discussion et présentation du projet de Confédération.
  • Remarques critiques
  • Après 1867
  • Assimilation apparemment jugulée mais objectivement favorisée
  • Politique de Pierre Elliott-Trudeau
  • Événements politiques marquants
  • L’assimilation suit son cours

6. Recommencer

  • Peut-on réparer 1867?
  • Offrir une vraie confédération au reste du Canada
  • Le Canada ne voudra pas
  • L’embûche de la clarté!
  • Un Canada refait: Confédération canadienne – CC

7. Autochtones, Acadiens, minorités anglophone et francophones

  • La question amérindienne
  • Les Acadiens
  • Minorités anglophone et francophones

8. Conclusion générale

  • L’histoire et le politique
  • La situation du français au Québec et au Canada hors Québec
  • Le trajet identitaire parcouru
  • Option: Canada ou Québec?
  • Accession à la souveraineté, et à une vraie Confédération

EXTRAIT

Avant-propos

L’esprit de notre temps a les pieds légers. Il batifole d’actualité en actualité sans arrière-pensées et sans rétroviseur. Ce qui s’est passé lui importe peu. Les distances de l’espace se mesurant à l’instantanéité du clic informatique, l’intérêt général se dégage des lourdeurs du réel chargé des accomplissements du temps pour s’adonner assez frivolement aux tentations du possible éthéré. On dirait que le virtuel va remplacer l’histoire et le concret dont elle parle. Le merveilleux n’est plus l’apanage des contes de fées. En effet, la magie semble réguler les communications universelles dans un présent dont la teneur multiple peut être offerte immédiatement et simultanément à toute l’humanité qui, d’ailleurs, n’a d’yeux que pour le progrès de la vitesse. L’échange instantané est l’enjeu du futur. Demain ne semble guère offrir d’autres préoccupations.

Il importe de redécouvrir la longueur ou l’épaisseur du temps et la pesanteur du concret. Aussi proposons-nous une approche philosophique de la langue et de l’histoire qui paraît indiquée pour reformuler maintenant la question de l’avenir du Québec en vue de lui assurer une longévité propre et une authentique densité. Contrairement à ceux qui croient que les résultats négatifs des deux référendums de 1980 et de 1995 sur la souveraineté devraient avoir fermé cette question pour de bon, nous pensons que la situation globale en requiert plutôt une relance. C’est-à-dire une mise à jour à la faveur d’un approfondissement vers l’essentiel capable de faire apparaître dans une nouvelle clarté les exigences réelles et urgentes de notre présent.

On parvient à cet essentiel en dépassant la conception simplement véhiculaire de la langue, et en expérimentant celle-ci comme le milieu langagier où chaque chose arrive à être manifestement elle-même dans l’aire d’évocation du mot. Rigoureusement, le mot ouvre un espace pour la manifestation de ce qu’il nomme. Le peuple québécois est parvenu à être ce qu’il est dans l’espace langagier français, et il veut poursuivre son développement en ce milieu. La langue française est l’aire de son destin. C’est en français que ce peuple a œuvré son histoire. En effet, l’histoire, qui n’est rien d’autre que le rassemblement, selon le temps, de tout ce qui concerne l’être d’un peuple, ne peut se constituer ni se manifester autrement qu’en langage.

Le temps, étant à chacun de ses moments l’articulation existentiale de l’avenir, du passé et du présent, requiert que la marche d’un peuple vers son destin, quelque absorbée qu’elle soit en son présent, s’alimente toujours à l’héritage dont il est issu et qui le supporte en permanence. Chaque génération a un devoir d’écoute et de lecture à l’égard de ce que lui raconte l’histoire passée de son propre peuple. Histoire qui accède jusqu’à elle en langage et qu’elle prolonge de même façon vers l’avenir. Aussi n’avons-nous pas épargné ni efforts ni espace, en cinquième partie, pour offrir aux lecteurs des textes originaux où la parole des acteurs d’antan nous dit, sans l’intermédiaire réducteur ou déformant du résumé ou de la glose, ce qui nous concerne toujours comme peuple. Ce qui continue de nous influencer, voire de nous déterminer en ce début du XXIe siècle. Et qui doit être pris en considération pour la reprise créatrice de la question de notre avenir politique et constitutionnel. Tout comme l’aire coutumière de notre pensée est en manque d’histoire, notre agir commun prend aussi trop facilement congé d’elle. Afin de poursuivre notre destin de peuple sur la voie de l’originalité, il faut cultiver l’inédit qui, loin d’être le fait absolu d’une génération spontanée, s’avère le fruit d’une longue provenance, mûrissant dans des conditions toujours renouvelées par l’exercice même de nos délibérations communes et de nos choix démocratiques. Notre authentique stature de peuple se dressera dans l’ouverture que notre langage saura pratiquer en conjuguant projet d’avenir et héritage du passé dans l’élaboration d’un présent créateur. Ici, dire c’est être. Et l’inverse n’est pas moins vrai.

1. Introduction

Le langage est l’élément de l’histoire. Il est son lieu aussi bien que son accomplissement. S’il n’y avait pas de langage, il n’y aurait pas d’histoire. Un Oui ou un Non, si simples soient-ils, peuvent être des événements porteurs de destins individuels ou collectifs. Puissante, troublante, redoutable est la parole. Elle peut confiner un destin au réduit d’emprises inhospitalières, tout comme elle introduit au large de la liberté dans ses moments de grâce. L’éclosion de l’humain est langagière et son épanouissement est le récit de ses œuvres et gestes.

Référendum de 1995

Le référendum sur la souveraineté-partenariat du 30 octobre 1995 a été un événement préparé dans la fébrilité et attendu avec espoir et anxiété. Tout fut remué pour un Oui et pour un Non. Ses résultats furent reçus avec une satisfaction fort mitigée par les uns et provoquèrent grande déception ou amertume chez les autres. De part et d’autre cet événement est gardé dans un souvenir qui ne flanche pas. On dirait qu’il ne veut pas passer. Même si on s’emploie ici et là à le réduire à un épisode classé à tout jamais dans les tiroirs empoussiérés du temps. Si déterminé et localisé fût-il dans la suite des jours et des années qui forment le passé, il semble quand même se prolonger dans les présents subséquents et ne pas vouloir finir. Sans doute parce que, contre tout espoir, il n’a rien réglé de façon définitive. Peut-être mieux dit, parce que les Oui et Non collectifs restèrent paroles d’équilibre instable. Paroles d’une décision irrésolue. Car demeurent toujours ouvertes et hautement vraisemblables des possibilités diverses et divergentes pour l’établissement de nos espaces et l’accomplissement de notre temps. En somme, parce que nous n’avons pas réussi à départir de façon tout à fait décisive ou sans appel les possibles alors mis en jeu, cet événement semble gonfler et bouleverser encore et toujours la suite des présents comme enfant qui ne peut naître.

Conséquences politiques

On aurait donc souhaité que ce référendum imposât un Non ou un Oui plus décisifs et qu’il pût clore un épisode mouvementé de notre histoire. On aurait souhaité qu’il fût suivi d’un calme beau et serein, alors qu’à l’évidence le ciel langagier est resté d’Ouest en Est couvert de nuages annonciateurs de turbulences et d’orages. C’est que, pour la première fois, les Canadiens des autres provinces ont senti vraiment la menace que constitue le mouvement souverainiste du Québec pour l’unité du Canada. Ainsi à peine passé, ce référendum se profila encore sur les échéanciers politiques, éperonna stratèges et tacticiens de la chose publique, provoqua aussi bien rassemblements de citoyens amers et hérissés que regroupements de sages ou d’expérimentés aux allures plus placides, mais non moins interpellées et inquiètes. Le branle-bas fut surtout marqué du côté des forces fédéralistes profondément déçues et troublées par leur courte victoire. Car du côté des souverainistes, sonnés il est vrai, mais non découragés, semble-t-il, par une quasi-non-défaite, il fut assez vite décidé qu’on prendrait le temps de remettre de l’ordre dans les finances publiques et de créer un nouveau consensus avant de reprendre dans un autre référendum la question du statut politique du Québec. De ce côté, on a assez vite décidé quoi faire à court terme ou pour les toutes prochaines années. Mais de l’autre côté, on sembla plutôt désemparé, au moins au début. On donna l’impression de tirer à gauche et à droite et de ne pas trop savoir quoi penser dans les circonstances. Puis prit forme une politique fédérale de bras de fer qui donna lieu à des contestations judiciaires de lois du Québec et de son droit à déterminer lui-même son statut politique, ainsi qu’au mouvement partitionniste animé par le slogan “Si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi”. Tout ceci pour décourager les souverainistes et empêcher la tenue d’un autre référendum. Mais cette poigne d’acier n’empêcha pas de se répandre la conviction que nombre de politiciens en place n’étaient et ne sont toujours pas à la mesure du problème constitutionnel du Canada. Ce fut probablement la chose la plus significative à se produire. Le soupir de soulagement général et le sursaut d’espoir national provoqués par la démission éclair de Daniel Johnson à la tête du PLQ et la venue de Jean Charest pour le remplacer peuvent en être la preuve. Mais peut-on croire vraiment que les problèmes de fond vont être réglés par les seuls effets oratoires de deux “leaders charismatiques” s’affrontant dans une simple joute électorale? “Que Charest batte Bouchard et le Canada est sauvé! Puis l’histoire poursuivra son cours.” Voilà ce qu’on souhaitait, ce qu’on disait. Et qui n’a guère changé. Pour le fond. Car même le remplacement des tenants des premiers rôles ou la faiblesse des politiques fédérale et québécoise ne semblent pas, malgré certaines apparences, réduire à un silence définitif les exigences particulières du destin du peuple québécois. Se peut-il vraiment que les citoyens de ce pays ne voient pas que des questions constitutionnelles lancinantes qui divisent profondément la population de la plus vieille partie du pays ne sauraient être résolues convenablement par une simple victoire électorale sur les “séparatistes”? Se peut-il que des chefs politiques réussissent à gommer des problèmes constitutionnels profonds en martelant simplement des formules démagogiques et trompeuses telles que «les gens n’en veulent plus de référendum», «les gens veulent qu’on s’occupe des vraies affaires comme la santé, l’emploi, l’éducation», tout comme si la situation de droit définie par une constitution n’était pas une vraie affaire? Ou plutôt, pourrait-on demander, les citoyens vont-ils eux-mêmes assumer directement et plus résolument leur histoire et se donner à la grandeur du pays des chefs aptes à les représenter dans leurs plus nobles aspirations, dont celle de la liberté, et capables de contribuer à ouvrir un horizon où il deviendrait possible d’entrevoir avec confiance l’accomplissement d’un destin favorable pour tous? Vont-il pouvoir envisager leur avenir, la poursuite de leur destin, autrement qu’en écrasant ou contraignant au mutisme et à l’impuissance les aspirations légitimes qui fondent le mouvement souverainiste du Québec? Cet avenir le dira.

Mais le verdict de l’avenir ne saurait être l’effet du simple hasard ni d’un déterminisme tout réglé d’avance. Il sera plutôt le reflet ou bien de l’indifférence mitigée, ou bien du retrait individualiste et abstentionniste, ou encore de l’implication commune des citoyens relativement à leur propre histoire. Le verdict de l’avenir est l’affaire des citoyens. Car l’histoire n’est pas seulement la suite ou la traînée des marques empreintes dans le temps par les faits et gestes importants du passé. L’histoire n’est sans doute pas, non plus, simplement le cours des événements en tant que soumis à une nécessité interne ou extérieure se prolongeant dans le temps en toute indépendance des interventions libres des humains. L’histoire est aussi autre chose que le simple savoir historique, la science de l’histoire, qui a eu tendance depuis le XIXe siècle à se comprendre comme la pure connaissance objective des faits du passé et de leurs sources. Plus originellement que tout cela, l’histoire s’accomplit, s’oeuvre, c’est-à-dire se dit et s’écrit, au présent. Qu’est-ce que cela peut bien signifier? Tout d’abord que l’histoire n’implique pas que le passé. Qu’elle n’est pas un simple objet de recherche désintéressée et neutre d’une discipline scientifique. Contrairement à l' »objectivité historique » ou ce qui se présente souvent abusivement comme telle, l’histoire qui se dit et s’écrit au présent intègre plutôt les choix à faire et les décisions à prendre maintenant, en tout maintenant qui se gruge passage dans l’avenir; elle délaisse ainsi le « on » de la soi-disant totale neutralité scientifique et n’hésite pas à laisser la parole au « je » et au « nous ». « Je pense », « nous pouvons », « nous devons » sont des sujets et des verbes auxquels, dans cette perspective, il ne doit pas y avoir de gêne à recourir. La présente conjoncture politique, précisément par le sérieux et l’ampleur de ses enjeux, peut nous aider à nous approcher de la teneur de l’expression « histoire au présent », devenue d’ailleurs, il y a quelque temps déjà, le titre d’une collection chez l’éditeur Lanctôt.

Le peuple québécois est arrivé à un moment où il doit prendre une décision cruciale quant à son destin. Le référendum d’octobre 1995 lui a proposé pour délibération et décision une question relative à des enjeux assez bien déterminés dans leurs grandes lignes. Veut-il être l’auteur de toutes ses lois, veut-il être le percepteur de tous ses impôts, veut-il être le signataire de tous les traités qui le concernent? Autrement dit, veut-il pour lui un pays souverain? Mais ce n’est pas tout. Veut-il aussi, avant de devenir souverain, faire une offre de partenariat au reste du Canada? Oui ou non? Nous connaissons la réponse. Sur les 4 671 008 votes valides, 2 308 360 favorisaient le OUI et 2 362 648, le NON. Mais d’un côté comme de l’autre on ne considère pas cette réponse très satisfaisante ni définitive parce que pas suffisamment tranchée et concluante. Bien sûr les chiffres connus font un gagnant et un perdant. Mais d’un côté comme de l’autre on sait que la problématique impliquée peut être reprise dans d’autres circonstances à plus ou moins brève échéance pour une discussion nouvellement argumentée et une autre prise de position.

Éléments d’un vote démocratique dans un référendum

Et se pose alors la question de savoir quels sont les éléments qui rendent concluant un vote référendaire démocratique. Seraient-ce de simples considérations mathématiques? Ou bien le respect des conditions de l’exercice du vote préalablement déterminées et acceptées? Ou encore l’instauration d’une possibilité sérieuse pour le peuple dans son ensemble de réorganiser sa marche et de la poursuivre paisiblement en respectant le jeu démocratique? Tout cela doit normalement entrer en ligne de compte. Semble-t-il. À ces éléments peuvent aussi s’ajouter des considérations sur la teneur même de l’objet du vote référendaire; par exemple, s’agit-il d’un problème de simple gestion des affaires courantes ou de la question, importante entre toutes, des fondements mêmes d’une société et d’un pays? Dans ce dernier cas, tant pour le maintien d’un statu quo que pour la mise en place d’un nouvel ordre de choses, les frais humains engagés sont si élevés qu’il pourrait paraître difficile de considérer un vote référendaire vraiment concluant si l’écart entre les opinions exprimées est à ce point ténu qu’on s’expose sérieusement à l’éventualité de reprendre l’exercice référendaire au rythme des changements démocratiques de gouvernements d’allégeance différente: tantôt fédéraliste, tantôt souverainiste, pour le cas qui nous concerne. Alors on n’a qu’à changer les règles, diront d’aucuns, pour que la majorité soit renforcée d’un côté ou de l’autre. Et pourtant, comment remplacer la règle démocratique générale de la majorité absolue (50%+1) sans sacrifier l’égalité universelle des chances ou l’égalité des votes à l’avantage d’autres considérations qui relèveraient sans doute d’intérêts particuliers propres à un ou plusieurs sous-ensembles? Comment aussi éradiquer tout arbitraire auquel on pourrait s’exposer en déterminant des enjeux, des causes ou des objets qui soi-disant devraient échapper à la règle de la majorité absolue, et en fixant à un autre niveau le pourcentage des votes qui devrait alors être atteint? Où puiser la sagesse prudentielle qui supplanterait, sans aucun contredit et avec l’aval non refusable de toutes les parties en présence, l’équité généralement reconnue à la règle de la majorité absolue? Au nom de quel principe infrangible et universellement reconnu par toutes les parties un pouvoir judiciaire, législatif ou gouvernemental pourrait-il se permettre d’enfreindre cette règle en toute équité et légitimité, surtout après l’avoir acceptée à plusieurs reprises et en diverses circonstances semblables? Tant qu’on ne pourra pas donner de réponses satisfaisantes pour tous à toutes ces questions, les seules attitudes et conduites raisonnables et légitimes sont de laisser libre cours à une reprise politique des enjeux selon les règles démocratiques déjà reconnues et toujours en vigueur.

Vers un autre référendum

Et c’est pour cela sans doute que le référendum d’octobre 1995 n’est vraiment concluant pour aucune des parties. La victoire mathématique est trop mince pour pouvoir enlever tout sens et légitimité à une reprise démocratique d’un autre exercice référendaire à plus ou moins brève échéance à la faveur de changements dans les circonstances dont, en premier lieu, un autre mandat électoral pour le parti souverainiste déjà au pouvoir en 1995. On pourrait dire la même chose si une victoire du Oui s’était produite dans des conditions analogues. Alors le gouvernement aurait entamé la négociation d’un partenariat avec le reste du Canada. Et pour accentuer la légitimité de l’établissement de la souveraineté du Québec, il aurait pu invoquer la projection de la tendance en faveur de la souveraineté déjà décelée à travers les événements survenus entre les référendums de 1980 et de 1995. Mais comme cette tendance avait fait un bond impressionnant dans les derniers jours de la campagne, non seulement la victoire du Oui aurait-elle extrêmement surpris le reste du Canada à qui le gouvernement fédéral avait toujours affiché la belle assurance d’une victoire décisive du Non, mais elle l’aurait laissé dans un état d’esprit peu favorable à la négociation d’un partenariat. Il s’en eût suivi un climat de négociation lourd, gros de mauvais temps ou de tempêtes capables de bloquer l’avenue de la négociation. Dans ce cas, il y aurait eu proclamation unilatérale de souveraineté comme prévu. Mais il aurait été possible que les prochaines élections, survenant peu après, eussent porté un parti fédéraliste au pouvoir. Alors qu’est-ce qui aurait pu empêcher ce nouveau gouvernement d’évaluer la situation politique globale et d’entreprendre un renversement de la vapeur en faisant appel encore une fois aux règles du jeu démocratique référendaire? Surtout si le reste du Canada, faisant marche arrière, allait proposer au Québec de revenir au statut de province canadienne avec une autonomie particulière? Rien de démocratique n’aurait pu l’empêcher. Mais c’est le Non qui l’a emporté de justesse. Aussi apparaît-il tout à fait légitime et d’importance primordiale que le Québec, éventuellement, se pose encore de façon démocratique, comme auparavant, la question de son destin constitutionnel en des termes adaptés à la conjoncture du moment. Et il est puéril, antidémocratique et non respectueux du développement historique d’un peuple que de vouloir l’empêcher de quelque manière que ce soit de poser un tel geste essentiel pour la détermination de son avenir et gros de conséquences pour la conduite quotidienne de son existence.

AU SUJET DE L’AUTEUR

p.fernand-couturier.03Né en 1928 à Saint-Joseph du Madawaska au Nouveau-Brunswick dans une famille paysanne, l’auteur fait ses études classiques au Collège de Saint-Laurent à Montréal. Il étudie ensuite en théologie dans les années 50 pour ensuite enseigner au Collège de Saint-Laurent. Il obtient une licence (maîtrise) en philosophie à Paris en 1961.

Tout en enseignant cette matière toujours au même collège, il entreprit en 1963 une scolarité de doctorat en philosophie à l’Université de Montréal. De 1964 à 1967, il travailla sur la pensée de Martin Heidegger, à Freiburg im Breisgau, sous la direction de Bernhard Welte.

« Monde et être chez Heidegger » lui permit d’obtenir le doctorat en philosophie de l’Université de Montréal en 1968. Il devint professeur de philosophie allemande contemporaine à l’UQAM de 1970 à 1993, moment où il prit sa retraite. Pendant cette période, il joint à l’enseignement différentes tâches de direction dans la même université: Module de philosophie de 1978 à 1980; Département de philosophie de 1980 à 1985; Programmes d’études interdisciplinaires sur la mort de 1985 à 1990. C’est en dirigeant ces derniers programmes qu’il fonda la revue Frontières, organe de recherche et de diffusion sur différentes problématiques de la mort et du deuil.

« Monde et être chez Heidegger », 584 pages, a été publié aux Presses de l’Université de Montréal en 1971. Publication d’articles en philosophie dans différentes revues, et collaboration à quelques collectifs. Puis en 1990, « Herméneutique », 211 pages, parut chez Fides.

Depuis sa retraite, surtout à partir du référendum de 1995, il travailla sur le manuscrit « Un peuple et sa langue ». Et il a d’autres travaux en cours sur Heidegger, en particulier relatifs à la vérité et à la temporalité de l’être. D’autre part, un manuscrit sur Nietzsche portant comme titre « Langage et interprétation » est à quelques pages de son achèvement.

DU MÊME AUTEUR

Monde et être chez Heidegger,
Presses de l’Université de Montréal,
1971, 584 pages.

Herméneutique,
Fides, 1990, 211 pages.

Une peuple et sa langue – Pour l’avenir du Québec
Essai de philosophie du langage et de l’histoire
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004.

Mots de Noël, Poésie et Prose.
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004.

Mots de Noël, Poésie et Prose.
Deuxième édition augmentée,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2007.

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Fernand Couturier se fera un plaisir de lire et de répondre personnellement à vos courriels.

ADRESSE DE COURRIER ÉLECTRONIQUE : f.couturier@sympatico.ca

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